« Le nucléaire est une industrie en déclin »

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Par , 11 avril 2026 13 h 57 min

Investir dans le nucléaire est à la fois douteux économiquement et contre-productif pour le climat, explique l’analyste Mycle Schneider. Les renouvelables, et en particulier le solaire, sont bien plus efficaces à court terme.

Mycle Schneider est un expert international de l’énergie nucléaire. Il dirige l’équipe qui produit chaque année un rapport de référence sur l’état du nucléaire dans le monde, le WNISR (World Nuclear Industry Status Report). Dans cet entretien, il démonte l’idée que le nucléaire serait « en renaissance ». Quarante ans après la catastrophe de Tchernobyl, la crise énergétique relance le débat sur la sortie des fossiles, Mycle Schneider souligne la vigueur de la révolution solaire : selon lui, elle dessine le monde d’après énergétique, dont la France est largement absente.

Vous pouvez lire ci-dessous ce grand entretien, ou l’écouter intégralement sur une plateforme de votre choix et le regarder en vidéo.

Reporterre — Le nucléaire est-il une énergie d’avenir ?

Mycle Schneider — Une énergie est d’avenir si ses équipements se renouvellent. Or les parcs nucléaires, dans quasiment tous les pays, vieillissent rapidement. Le parc nucléaire français vieillit depuis le milieu des années 80, celui des États-Unis depuis le milieu des années 70.

Quel est l’âge moyen des réacteurs nucléaires ?

Sur le plan mondial, 32 ans à peu près. Il y a l’exception de la Chine, dont l’âge moyen des réacteurs est autour de 11-12 ans.

Combien de réacteurs y a-t-il dans le monde ?

Un peu plus de 400 réacteurs en fonctionnement. La France a toujours un peu plus de capacité installée que la Chine, mais celle-ci produit déjà plus de kilowattheures par le nucléaire.

Quelle est la part du nucléaire dans l’électricité mondiale ?

Le pic a eu lieu il y a 30 ans, en 1996, à 17,5 % du mix électrique. En 2024, la part était de 9 %. Même en Chine, la part du nucléaire baisse — elle est de 4,5 % — parce que ce pays investit beaucoup plus dans les énergies renouvelables et en particulier dans le solaire. En 2025, seulement deux réacteurs ont démarré en Chine, soit 2,5 gigawatts. La même année, la Chine a connecté au réseau plus de 300 gigawatts de solaire.

Le nucléaire est donc une industrie en déclin ?

Oui. Il ne se passe rien dans le nucléaire en dehors de la Chine et un peu de la Russie. Sur les 51 réacteurs qui ont été mis en construction depuis six ans, 37 l’ont été par la Chine, dont un au Pakistan. Les quatorze autres par l’industrie russe dans des pays comme l’Égypte, le Bangladesh et la Turquie. On parle toujours de renaissance, mais nous ne la voyons pas dans les statistiques.

N’est-ce pas différent en France ?

Non. Si un nouveau réacteur est mis en construction dans les années qui viennent, comme c’est prévu à Penly, ça ne changera rien durant les quinze prochaines années. Officiellement, il est censé entrer en fonctionnement en 2038. Mais depuis des décennies, les mises en marche sont toujours en retard par rapport aux prévisions.

On dit qu’on va construire 6 EPR 2, voir 14 d’ici 2040. On investit énormément pour embaucher des ingénieurs et des techniciens, on réorganise EDF et la construction. Peut-être que ça va marcher ?

Peut-être. Nous, on ne prédit pas l’avenir. Par contre, ce qu’on connaît très bien, c’est l’état passé et actuel des choses. Et qu’est-ce que ça nous dit ? Les premiers EPR ont démarré en Chine à Taishan. Le deuxième projet était en Finlande. Et puis le troisième projet a été Flamanville et le quatrième Hinkley Point, en Angleterre. Le deuxième projet a coûté plus cher et a mis plus longtemps que le premier. Le troisième a mis plus longtemps et a été plus cher que les deux premiers. Et Hinkley Point est très bien parti pour battre tous les records de coût et de durée de construction.

Si on n’a pas su faire un effet de série avec l’EPR, on voit mal comment les EPR 2 pourraient se réaliser selon un rythme cadencé.

Exactement. L’expérience ne montre pas d’apprentissage. Et il faut aussi rappeler que l’EPR 2 n’existe pas, son design n’est même pas certifié, c’est-à-dire autorisé par les autorités de sûreté. Pourtant, les bulldozers ont été envoyés sur le site de Penly.

On veut lancer des EPR 2, mais on n’a pas les plans de ces réacteurs. C’est bien ça ?

Exactement. Il y a sans doute beaucoup d’éléments qui ont été développés et qui sont arrivés à une définition, par exemple, la taille de certaines machines ; on peut se donner une certaine marge et construire un bâtiment. Par contre, quels sont les détails de l’arrangement du bâtiment ? Donc oui, j’ai dit exactement ça : on parle de coûts et de préparation de site sans avoir les plans finaux des EPR 2.

Il y a quelques années, les six EPR 2 étaient annoncés à 52 milliards d’euros, et maintenant on est proche de 100 milliards d’euros. Cette augmentation va-t-elle se poursuivre ou a-t-on atteint un plafond de dépenses ?

D’après l’expérience qu’on peut avoir sur des programmes, pas seulement en France, mais aussi ailleurs, on observe toujours une augmentation des estimations de coûts après le début de construction.

« Même en Chine, la part du nucléaire baisse, parce que ce pays investit beaucoup plus dans les énergies renouvelables et en particulier dans le solaire », explique Mycle Schneider. © Mathieu Génon / Reporterre

N’y a-t-il pas là une forme de manipulation ? On annonce qu’on va lancer des réacteurs nucléaires, que ça va coûter 50 milliards d’euros. Et puis on commence à couler du béton, on passe une loi, le système se met en branle. De semestre en semestre, les estimations de coût augmentent. Mais comme on a déjà engagé les travaux, on se dit qu’on ne peut plus revenir en arrière. Ce type de manipulation décrit-il la réalité ?

Ce n’est pas à moi de faire ces qualifications. Je suis analyste et je constate qu’il y a un vrai problème de gestion des fonds publics et de divergence entre les analyses économiques et industrielles à un moment donné, les décisions politiques, et la réalité telle qu’elle se développe.

Pour l’EPR de Flamanville, la décision avait été prise autour de 2000, le chiffrage était de l’ordre de 2,5 milliards et on est arrivé à un chiffre dix fois supérieur. C’est un constat. On est parti pour refaire la même chose. Mais avec une différence majeure, c’est qu’entre-temps, une révolution énergétique a commencé, et on peut se poser la question : qu’est-ce qu’EDF va vendre dans un marché européen de l’électricité où le solaire pourrait avoir une capacité de 800 GW en 2030 ?

La France passe-t-elle à côté de la révolution du solaire ?

Oui. Et l’Europe elle-même est très en retard par rapport à la Chine, et aussi par rapport à certains États des États-Unis, comme le Texas.

« On observe toujours une augmentation des estimations de coûts après le début de construction », rappelle Mycle Schneider. © Mathieu Génon / Reporterre

Pour Reporterre, Laure Noualhat a mené une enquête qui a conduit à un livre, « Le nucléaire va ruiner la France ». Es-tu d’accord avec l’idée que le choix actuel en faveur du nucléaire par la France est mauvais pour l’économie française ?

Je pense qu’il a une influence catastrophique sur l’économie. Parce qu’il immobilise des sommes phénoménales. Et les durées de ces projets sont totalement irréalistes par rapport à la vitesse à laquelle change le domaine énergétique en Europe.

On est aujourd’hui dans une situation où on parle d’urgence climatique. Qu’est-ce que ça veut dire ? Que si je dépense 1 euro, il faut que je baisse les émissions un maximum et que je le fasse vite. Il faut combiner le facteur financier et le facteur climatique.

Si je dépense aujourd’hui 1 euro dans le nouveau nucléaire, j’aggrave le problème climatique. Pourquoi ? Parce qu’il y a plein d’autres options disponibles et moins chères. On ne peut pas dépenser l’argent deux fois. Donc c’est à la fois un investissement très douteux, et extrêmement contre-productif par rapport à la question du climat.

Pourquoi la classe dirigeante française est-elle autant focalisée sur le nucléaire, malgré tous les défauts que tu viens d’exposer ?

On observe sur le plan international un phénomène curieux : à la fin de 2025, il y avait 66 réacteurs en construction dans le monde. 63 sont construits soit dans des pays détenteurs d’armes nucléaires, soit par des sociétés industrielles contrôlées par des États détenteurs d’armes.

Les secteurs de la défense se sont rendu compte que si le nucléaire civil se terminait, la totalité des coûts du nucléaire militaire comme l’éducation, la formation, la recherche, le développement, tout cela qui coûte extrêmement cher, devrait être dans les budgets militaires. C’est impossible. Donc, il fallait sauver le nucléaire civil. Ça a été déclaré d’abord aux États-Unis, ensuite ailleurs.

Ensuite, il y a des raisons géopolitiques. L’administration Biden, aux États-Unis, a lancé lors de la COP28 à Dubaï, l’initiative de tripler la capacité nucléaire civile d’ici 2050 dans le monde. Pourquoi ? De même, quel est l’intérêt pour la Russie de financer des projets en Égypte, en Turquie ou au Bangladesh ? Parce que c’est le meilleur moyen pour coller deux pays ensemble pour un siècle. Il s’agit de verrouiller les partenariats entre pays.

Les projets nucléaires sont, pour les nations qui possèdent ces capacités et entreprises, « le meilleur moyen pour coller deux pays ensemble pour un siècle », explique l’expert. © Mathieu Génon / Reporterre

Revenons en Europe. La politique allemande de sortie du nucléaire est-elle un échec et maintient-elle à un niveau élevé les émissions de gaz à effet de serre de l’Allemagne ?

Non, c’est faux. Si l’on compare la situation du mix électrique allemand en 2010, c’est-à-dire l’année avant Fukushima qui a conduit à la décision de sortir du nucléaire, avec l’année en cours, on voit que l’Allemagne a plus que compensé par les énergies renouvelables la réduction des énergies fossiles. Elle continue à réduire ses émissions. À mon goût, pas suffisamment vite. Parce qu’elle a échoué pour une partie de sa politique énergétique.

En 2012, l’Allemagne était championne du monde en ce qui concerne la connexion au réseau du photovoltaïque, avec 7 gigawatts. Aujourd’hui, la Chine fait plus de 300 gigawatts. L’Allemagne a réaugmenté aujourd’hui, mais entre-temps, on a tué l’industrie allemande du solaire.

Cela a été raconté dans Reporterre. Redis-nous ce qu’il s’est passé.

Les conservateurs ont pris un certain nombre de mesures qui ont conduit à la mort de l’industrie solaire en Allemagne. Mais d’autres caractères sont très problématiques. Il y a un millier de coopératives énergie en Allemagne, qui sont des gros acteurs exploitants de parcs éoliens, mais aussi quatre grandes compagnies de style EDF, comme Vattenfall.

On a mélangé de l’ultra centralisé avec du décentralisé, et ça conduit à des parcs éoliens marins gigantesques, si bien qu’il faut doubler le transport d’électricité vers le sud de l’Allemagne. Il vaudrait mieux réfléchir à reconstruire le système de distribution d’électricité. Car, avec la multiplication des panneaux solaires sur les maisons, plein de gens deviennent des producteurs d’électricité.

Si j’ai une maison solaire, je suis un producteur d’électricité ?

Mais bien sûr ! Et il y a maintenant plus d’un million de producteurs d’électricité en France. Avec le développement des batteries, on verra des changements structurels. Par exemple, on n’expliquait pas pourquoi le Pakistan, malgré l’augmentation de l’activité économique, réduisait sa consommation d’électricité [telle que mesurée par les compagnies nationales]. Que s’est-il passé ? Il a importé plus de 20 gigawatts de panneaux solaires depuis la Chine. L’Afrique du Sud connaît un phénomène similaire, ainsi que des pays en Amérique du Sud.

Aux États-Unis, on veut prolonger les réacteurs nucléaires pour aller jusqu’à 60 ans, voire 80 ou 100 ans. Cela te paraît-il réaliste ?

Non. Il y a des renouvellements d’autorisation, cela n’équivaut pas à des prolongations de fonctionnement. Si un réacteur qui a aujourd’hui 50 ans demande une autorisation de renouvellement à partir de 60 ans pour pouvoir fonctionner jusqu’à 80 ans, ça ne veut pas dire qu’il va fonctionner jusqu’à 80 ans. Et ce qu’on a constaté jusqu’à maintenant, c’est qu’une flopée de réacteurs ont été fermés aux États-Unis pour des raisons économiques.

Mais est-ce que des réacteurs peuvent aller sans problèmes de sûreté jusqu’à 80 ans ?

Personne ne le sait, ça dépend de tellement de facteurs… Il y a des composants irremplaçables. La cuve du réacteur est calculé pour une certaine irradiation, qui a des conséquences sur la stabilité des réacteurs. Il y a d’autres composants comme le béton, qui n’a pas une durée de vie éternelle.

Alors qu’EDF dit que ses coûts de maintenance ont doublé, l’industrie étasunienne prétend qu’elle a baissé tous les ans les coûts de maintenance. C’est extraordinaire puisque les réacteurs y ont maintenant un âge moyen de 44 ans. Si ma voiture a 30 ans, il faut normalement que j’investisse plus pour la garder sur la route que si elle a 20 ans…

« On peut aujourd’hui avec deux panneaux solaires et une batterie, fournir les services minimums garantis aux gens », affirme Mycle Schneider. © Mathieu Génon / Reporterre

En 1986 s’est produit l’accident de Tchernobyl. Le vieillissement des réacteurs crée-t-il des possibilités à nouveau d’un accident important ?

L’Autorité de sûreté nucléaire française a toujours dit qu’un accident grave n’est pas à exclure. Quand je donne l’exemple étasunien, je signifie justement qu’il y a de quoi être inquiet. Et si le vieillissement est accompagné d’un manque d’investissement, il n’y a que deux possibilités : soit ça conduit à un grave problème technique, soit il y a un mur d’investissement à un moment donné.

Les énergies renouvelables ne sont-elles pas handicapées par leur intermittence ?

L’éolien et le solaire sont déjà extrêmement complémentaires d’un point de vue saisonnal. Et on peut aujourd’hui, avec deux panneaux solaires et une batterie, fournir les services minimums garantis aux gens.

Les batteries qui permettent de stocker l’électricité et vont permettre de réguler l’éolien et le solaire ?

Les batteries sont en train de prendre un envol phénoménal. La Chine était en retard sur les grandes batteries connectées au réseau : ils avaient 30 gigawatts en 2024, ils sont à 100 en 2025. Ça explose et la même chose va se passer dans d’autres parties du monde, y compris en Europe.

En France, on construit aussi du solaire et on sait très bien que d’ici quinze ans, on ne va pas ajouter quoi que ce soit d’autre que des renouvelables. Il n’y a pas d’option à court terme par la voie nucléaire.

« Je promeus une écologie heureuse » : Harry Durimel un militant contre le chlordécone réélu maire de Pointe-à-Pitre en Guadeloupe.

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Par , 25 mars 2026 16 h 41 min

Un grand Bravo à mon ami Harry Durimel avec qui j’ai engagé le combat contre le scandale du chlordécone en Guadeloupe.

Extrait d’un article de Reporterre.

Largement réélu maire de Pointe-à-Pitre le 15 mars, cet avocat guadeloupéen, impliqué dans la lutte contre le chlordécone, est un militant de la cause environnementale depuis vingt ans.

Il fallait le voir, tout sourire dans les rues de Pointe-à-Pitre, le dimanche 15 mars à l’annonce des résultats du premier tour des municipales en Guadeloupe. Harry Durimel, largement réélu avec 57,47 % des suffrages [1] avec sa liste divers écologiste, chantant et dansant en compagnie des Pointoises et Pointois pour fêter l’événement. Chemise verte et petites lunettes rondes, l’édile de 68 ans, né à Morne-à-l’Eau, conserve non seulement la confiance de la population, mais atteste du virage vert pris par la capitale économique de la Guadeloupe.

Car Harry Durimel est un écologiste convaincu, depuis toujours : « J’ai plus de vingt ans de militantisme derrière moi », nous dit-il tout sourire dans son bureau de maire. Il est d’ailleurs le seul édile écologiste de tout le bassin caribéen. Les enjeux environnementaux sont pourtant nombreux dans cette région du monde qui figure parmi la liste des 36 points chauds en matière de biodiversité.

« L’écologie est encore vue comme trop élitiste avec beaucoup d’interdits. Moi, je promeus une écologie heureuse, explique-t-il. L’idée n’est pas de dire qu’il faut être les conservateurs d’une belle nature en ne touchant à rien, mais plutôt d’avoir conscience que l’on peut exploiter notre biodiversité tout en la préservant, afin de léguer quelque chose aux générations futures. »

Scandale du chlordécone

Avocat de formation, Harry Durimel a été de toutes les luttes pour la préservation de l’environnement en Guadeloupe. Pollution de la Grande Rivière à Goyaves par l’usine Bonne-Mère. Mobilisation contre l’implantation d’un hôtel cinq étoiles avec terrain de golf de dix-huit trous sur l’habitation Roussel, à Marie-Galante. Démarches judiciaires contre la pollution générée par la distillerie Bologne à Baillif… Le sexagénaire a été de presque tous les combats, dont un toujours en cours : celui du scandale du chlordécone, qu’il a porté, avec des associations et d’autres confrères, devant les tribunaux en 2006.

Ce pesticide utilisé dans l’agriculture antillaise entre 1972 et 1993, classé « cancérigène possible » par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) depuis 1979, est encore présent dans les sols et les eaux antillaises. Il est responsable d’une épidémie de cancers en Guadeloupe et en Martinique, notamment de la prostate (environ 220 cas pour 100 000 habitants aux Antilles, contre 90 cas sur 100 000 en Hexagone).

Si un non-lieu a été prononcé en 2023 par le tribunal de grande instance de Paris, Harry Durimel fait partie de ceux qui ont saisi la cour d’appel de Paris, qui rendra sa décision le 22 juin 2026.

Voir encore :

Scandale du chlordécone. Une alerte venue de Bretagne.

Projet de ZAC de Lanvian (Saint-Divy). Refusons l’artificialisation de près de 45 ha de terres agricoles nourricières, l’augmentation des risques d’inondation, les nuisances sonores et routières concentrées près du bourg de Saint-Divy.

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Par , 11 mars 2026 15 h 35 min

Les écologistes de la communauté d’agglomération de Landerneau-Daoulas ont toujours alerté sur les méfaits de l’artificialisation des terres agricoles. Dans un contexte de changement climatique clairement visible, l’artificialisation des terres exacerbe l’intensité des inondations. C’était d’ailleurs une des raisons qui nous avait conduit à nous mobiliser contre le PLUI de Landerneau-Daoulas en 2020.

Le projet de ZAC de Lanvian de Saint-Divy est l’exemple même de projet auquel nous devons renoncer : artificialisation de près de 45 ha de terres agricoles nourricières, augmentation des risques d’inondation, nuisances sonores et routières concentrées près du bourg de Saint-Divy.

Par ailleurs nous constatons que cette ZAC a évolué. Au départ, il s’agissait d’accueillir des entreprises structurantes pour développer l’emploi dans le Pays de Brest. Dorénavant la ZAC a pour vocation de déplacer le centre logistique E. Leclerc et sa centrale d’achat, qui quitteraient Landerneau. Ceci n’a aucun intérêt pour l’intérêt général.

Ceci appelle 2 remarques
1 – contrairement à la délibération votée à l’unanimité en décembre 2025, il n’y a pas de création d’emplois à l’échelle du Pays de Brest. Il y a, au mieux, un transfert.

2 – à nouveau, les élus de la Communauté d’agglomération de Landerneau-Daoulas encouragent le développement de la grande distribution au détriment de l’emploi et du commerce de proximité. Après le drive à Saint-Thonan, l’augmentation de la surface du supermarché de Landerneau, les élus approuvent l’augmentation du potentiel de la structure de stockage.

Ce débat s’inscrit en dernière minute lors de la campagne des municipales. Comme les candidats ont complètement shunter les projets de l’agglomération, nous les encourageons à rendre public leur position sur ce projet. Nous les incitons aussi à présenter les projets qu’ils porteront à la communauté d’agglomération pour les 6 prochaines années car c’est ici qu’on a la possibilité d’améliorer les services à la population et d’agir pour réduire les impacts du changement climatique.

Le 11 mars 2026
Pour Europe Ecologie les Verts de Landerneau-Daoulas
Christophe Winckler

L’Île Longue, un territoire d’enjeux, un espace de débats (1963-2022). Kerian Bouthemy.

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Par , 9 mars 2026 15 h 09 min

Comment l’Île-Longue, dans la presqu’île est de Crozon, est devenue la base des sous-marins nucléaires français.

60 ans après sa création, Kerian BOUTHEMY, étudiant de l’Université de Bretagne occidentale (UBO) s’est posé la question et y a répondu sous la forme d’un “Mémoire de recherche de Master 2 « Civilisations, Cultures et Sociétés Mondes modernes et contemporains”.

Ayant reçu Kerian au début de ses recherches je lui ai demandé de pouvoir publier de larges extraits de son mémoire dont la qualité est remarquable. Les lectrices et lecteurs y trouverons une masse d’informations sur la genèse du projet d’installation, la résistance de la population de la presqu’île de Crozon, l’expropriation finale des habitants de l’Île-longue, le souvenir de leur résistance lors de mobilisations ultérieures en Bretagne comme celle contre les marées noires ou contre le projet de centrale nucléaire à Plogoff.

Ci dessous son texte complet.

L’aveu de Lecornu : la force de frappe nucléaire ne dissuade pas d’une possible agression, quelle que soit sa nature.

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Par , 6 mars 2026 21 h 30 min

Alors que Emmanuel Macron est venu à l’Île-Longue pour une de ses habituelles mises en scène autour de notre prétendue « force de dissuasion nucléaire », le discours de Sébastien Lecornu, le 10 décembre 2025 concernant le budget de la défense pour 2026, fait une remarquable impasse sur le sujet.

Par contre il retient avec beaucoup de réalisme la leçon des conflits actuels : l’arme nucléaire peut être “contournée” et “avec le retour des guerres de haute intensité qui combinent les moyens conventionnels de masse et de saturation avec les armements de très haute technologie et la dronisation du champ de bataille”. elle ne répond en rien aux nouvelles formes d’agression.

Les différents points de son discours témoignent de ce constat :

Se souvient-il des 5 drones inconnus au dessus de l’Île-longue ? deux points semblent répondre à l’incident :

Renforcer la défense surface-air et la lutte anti-drones

« La protection du ciel français, y compris contre les drones hostiles, est une priorité. Le budget 2026 prévoit l’achat de radars et de brouilleurs pour défendre les infrastructures stratégiques. Le système SAMP-T, fleuron de l’industrie française, sera renforcé et modernisé, avec l’ambition de dépasser les performances des systèmes concurrents. »

Le « fleuron » de l’industrie française ayant fait preuve de son inefficacité au dessus de l-Île Longue, le point n°2 y répondra-t-il ?

Passer à l’échelle sur la production de drones

« La France lancera en 2026 une filière industrielle dédiée aux drones avec un investissement de 150 millions d’euros. L’enjeu est double : produire des drones technologiquement à jour et en grande quantité, pour garantir la supériorité sur le champ de bataille. »

A en croire les propos du premier ministre comme ceux de responsables militaires, ce champ de bataille pourrait bien être la France. Les propos va-t-en guerre de notre président pourraient très bien en accélérer l’échéance et la question se pose naturellement jusqu’aux états-majors : de quoi les sous-marins nucléaires dissuadent-ils vraiment.

Un extrait du discours particulièrement parlant.

“depuis l’agression russe en Ukraine en 2022, la dégradation de l’environnement sécuritaire s’est accélérée. Les théâtres ukrainiens, mais aussi au Proche et au Moyen-Orient, ont redéfini les contours de la conflictualité moderne avec le retour des guerres de haute intensité qui combinent les moyens conventionnels de masse et de saturation avec les armements de très haute technologie et la dronisation du champ de bataille, tout cela sur fond de chantage nucléaire. Le recours à des stratégies hybrides par des puissances adverses s’accélère et menace de fragiliser durablement l’Europe, la France en tête jusque dans son outre-mer et plus généralement toutes les démocraties du monde. Ces stratégies, menées également dans les nouveaux champs de conflictualité comme les fonds marins ou la très haute altitude, se caractérisent par la conjonction de cyberattaques, de manipulation de l’information, de l’instrumentalisation du droit et de l’économie, de sabotage et du recours à des opérations militaires.

Ces menaces hybrides visent à nous déstabiliser en touchant nos intérêts ou nos valeurs. Ces menaces contournent parfois notre dissuasion nucléaire. Elles font poindre un risque que les guerres d’avant ne permettaient pas de saisir complètement, c’est-à-dire, en somme, d’être défaits sans même avoir été envahis.“(souligné par nous)

Faut-il aussi rappeler le choix des stratèges français de la dissuasion nucléaire : La France sans abris en cas d’agression, quelle que soit sa nature.

Un beau texte d’un ami de l’Arkansas au sujet de la résistance aux milices ICE de Trump.

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Par , 23 février 2026 14 h 36 min

On reconnaît un lieu à sa réaction quand la peur frappe à sa porte.


Cette semaine, une partie du milieu des affaires du nord-ouest de l’Arkansas a fait un geste à la fois simple et étonnamment radical : considérer les employés qui font la vaisselle, le pain, le ménage, le service à la clientèle et la caisse comme des personnes à part entière, et non comme de simples figurants. Ils ont traité les immigrants comme des voisins, et non comme un sujet de conversation.

Environ 65 commerces locaux – restaurants, brasseries, cafés, librairies et autres boutiques – ont collecté des fonds pour des organisations de défense des droits des immigrants et, dans certains cas, ont clairement indiqué qu’ils refuseraient de servir les agents de l’ICE.


La pizzeria Ruby a commencé à produire des panneaux anti-ICE pour d’autres commerces et les habitants et en a distribué plus de 200. Il ne s’agissait pas de vagues décorations prônant la bienveillance. Ces panneaux étaient opérationnels : l’établissement refuse de servir les clients, connaît ses droits et n’autorise l’entrée que sur présentation d’un mandat judiciaire signé par un juge.

Ce n’est pas un slogan. C’est une frontière.

Butterscotch Bakery and Bar a vendu des cupcakes anti-ICE, reversant les bénéfices à des associations de défense des droits des immigrés. Vault a transformé son image de marque en un outil de collecte de fonds : 1 $ est reversé pour chaque cocktail habituellement servi avec des glaçons, accompagné du slogan : « On préfère nos cocktails NO ICE.»

Que signifie le fait que des boulangeries et des bars prennent position sur des sujets éthiques que les institutions évitent soigneusement ?

L’application des lois sur l’immigration n’est pas un débat abstrait : c’est une réalité concrète. Elle se manifeste sur les parkings, les lieux de travail et dans les quartiers. Elle influence le sentiment de sécurité des personnes qui se rendent au travail, consultent un médecin, signalent un crime ou envoient leurs enfants à l’école.

Lorsqu’un restaurateur déclare : « Nous constatons un non-respect des procédures légales », et justifie sa position par la protection de ses clients, de son personnel et des communautés marginalisées, il ne cherche pas à se positionner politiquement. Il refuse de normaliser l’atteinte à la loi sous prétexte qu’elle est le fait des forces de l’ordre.

Et si vous pensez que cela n’a rien à voir avec le commerce, essayez donc de gérer un restaurant quand la moitié de votre personnel vit dans la crainte constante d’un contrôle routier en allant travailler.


Essayez de fidéliser votre clientèle quand vos voisins se sentent traqués.


Essayez donc de bâtir une « région de classe mondiale » tout en traitant une part importante de la population active comme si elle risquait de disparaître à tout moment.

Voici un aspect que certains au pouvoir semblent déterminés à oublier : le nord-ouest de l’Arkansas ne se résume pas à l’histoire de Walmart, des musées ou à une croissance fulgurante.


C’est aussi l’histoire de la main-d’œuvre immigrée. C’est l’histoire de ces personnes venues chercher du travail, qui ont ensuite bâti des églises, des restaurants, des ligues de football et tout un tissu social qui donne vie à cette région.


La population de Springdale a doublé en une génération, atteignant environ 89 000 habitants, dont au moins un quart sont nés à l’étranger. Le moteur économique de cette région, notamment grâce à de grands employeurs comme Tyson Foods, est intimement lié à l’immigration depuis des décennies.

Ainsi, lorsque les petits commerces affichent des pancartes « NO ICE », ce ne sont pas des « étrangers qui importent leur idéologie ». Ce sont des habitants qui défendent la communauté, celle-là même qui fait tourner la région.


Ce qui signifie que les pancartes « NO ICE » ont aussi une autre fonction : elles diffusent un principe local – la sécurité publique repose sur la confiance sociale – à un moment où cette confiance est délibérément mise à mal.


On peut débattre des frontières. On peut débattre des réformes. On peut débattre des catégories de visas, des quotas et des priorités en matière d’application de la loi.

Mais le fil conducteur de la démarche de ces entreprises n’est pas « l’ouverture des frontières ». C’est plutôt : ne pas déshumaniser les gens pour résoudre un problème politique.

C’est cette limite morale qui est constamment considérée comme négociable.



Les entreprises du nord-ouest de l’Arkansas ne prétendent plus qu’il s’agit d’un simple désaccord politique. Elles réagissent comme si la question fondamentale était de savoir si le respect des procédures légales et la dignité humaine fondamentale ont encore cours.

Les petites entreprises se comportent comme des institutions, car les institutions, elles, ne sont plus là.



Si vous attendez un leadership parfait – des déclarations claires, des politiques de protection, des ressources, des garde-fous – vous risquez d’attendre longtemps.


Alors, les gens font ce qu’ils font toujours dans un endroit comme celui-ci : ils improvisent une défense collective avec les moyens du bord. En l’occurrence, ces moyens sont des cupcakes, des cocktails à prix réduits et un panneau sur la porte qui dit clairement : « Pas ici ».



Est-ce suffisant pour empêcher l’intervention des autorités fédérales ? Non.

Mais cela suffit pour faire quelque chose dont nous avons cruellement besoin en ce moment : briser le tabou selon lequel la peur est normale et le silence, une forme de neutralité.

Car le silence n’est pas une forme de neutralité lorsque votre communauté est contrainte à l’obéissance par l’intimidation. Le silence est une forme de complicité.


Et le nord-ouest de l’Arkansas – du moins une partie visible de cette région – a tout simplement choisi de ne pas participer.

Sam

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