L’aveu de Lecornu : la force de frappe nucléaire ne dissuade pas d’une possible agression, quelle que soit sa nature.

Par , 6 mars 2026 21 h 30 min

Alors que Emmanuel Macron est venu à l’Île-Longue pour une de ses habituelles mises en scène autour de notre prétendue « force de dissuasion nucléaire », le discours de Sébastien Lecornu, le 10 décembre 2025 concernant le budget de la défense pour 2026, fait une remarquable impasse sur le sujet.

Par contre il retient avec beaucoup de réalisme la leçon des conflits actuels : l’arme nucléaire peut être “contournée” et “avec le retour des guerres de haute intensité qui combinent les moyens conventionnels de masse et de saturation avec les armements de très haute technologie et la dronisation du champ de bataille”. elle ne répond en rien aux nouvelles formes d’agression.

Les différents points de son discours témoignent de ce constat :

Se souvient-il des 5 drones inconnus au dessus de l’Île-longue ? deux points semblent répondre à l’incident :

Renforcer la défense surface-air et la lutte anti-drones

« La protection du ciel français, y compris contre les drones hostiles, est une priorité. Le budget 2026 prévoit l’achat de radars et de brouilleurs pour défendre les infrastructures stratégiques. Le système SAMP-T, fleuron de l’industrie française, sera renforcé et modernisé, avec l’ambition de dépasser les performances des systèmes concurrents. »

Le « fleuron » de l’industrie française ayant fait preuve de son inefficacité au dessus de l-Île Longue, le point n°2 y répondra-t-il ?

Passer à l’échelle sur la production de drones

« La France lancera en 2026 une filière industrielle dédiée aux drones avec un investissement de 150 millions d’euros. L’enjeu est double : produire des drones technologiquement à jour et en grande quantité, pour garantir la supériorité sur le champ de bataille. »

A en croire les propos du premier ministre comme ceux de responsables militaires, ce champ de bataille pourrait bien être la France. Les propos va-t-en guerre de notre président pourraient très bien en accélérer l’échéance et la question se pose naturellement jusqu’aux états-majors : de quoi les sous-marins nucléaires dissuadent-ils vraiment.

Un extrait du discours particulièrement parlant.

“depuis l’agression russe en Ukraine en 2022, la dégradation de l’environnement sécuritaire s’est accélérée. Les théâtres ukrainiens, mais aussi au Proche et au Moyen-Orient, ont redéfini les contours de la conflictualité moderne avec le retour des guerres de haute intensité qui combinent les moyens conventionnels de masse et de saturation avec les armements de très haute technologie et la dronisation du champ de bataille, tout cela sur fond de chantage nucléaire. Le recours à des stratégies hybrides par des puissances adverses s’accélère et menace de fragiliser durablement l’Europe, la France en tête jusque dans son outre-mer et plus généralement toutes les démocraties du monde. Ces stratégies, menées également dans les nouveaux champs de conflictualité comme les fonds marins ou la très haute altitude, se caractérisent par la conjonction de cyberattaques, de manipulation de l’information, de l’instrumentalisation du droit et de l’économie, de sabotage et du recours à des opérations militaires.

Ces menaces hybrides visent à nous déstabiliser en touchant nos intérêts ou nos valeurs. Ces menaces contournent parfois notre dissuasion nucléaire. Elles font poindre un risque que les guerres d’avant ne permettaient pas de saisir complètement, c’est-à-dire, en somme, d’être défaits sans même avoir été envahis.“(souligné par nous)

Faut-il aussi rappeler le choix des stratèges français de la dissuasion nucléaire : La France sans abris en cas d’agression, quelle que soit sa nature.

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