Lettre ouverte à Mme Ségolène ROYAL – Demande d’un moratoire sur le projet de centrale électrique à cycle combiné gaz à Landivisiau.

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Par , 16 juillet 2014 22 h 54 min

Lettre ouverte de René Louail et Anne-Marie BOUDOU, pour le groupe Europe Écologie Les Verts au Conseil régional de Bretagne / Europa Ekologiezh Ar re C’hlas.

Madame la Ministre,

Le Pacte électrique breton est composé de trois volets : maîtrise de la demande en électricité, production d’énergie renouvelable et sécurisation de l’approvisionnement électrique régional. Nous soutenons fortement les orientations des deux premiers piliers de ce Pacte qui sont en adéquation avec les objectifs de transition énergétique portés par le Président de la République et le gouvernement.

Le troisième volet, qui prévoit la construction d’une centrale à cycle combiné gaz (CCCG) de 400 MW en Nord Finistère, est par contre en totale contradiction avec les enjeux économiques, sociaux et environnementaux auxquels il nous faut aujourd’hui répondre.


Nous sommes opposés à sa mise en oeuvre.

Le Pacte électrique justifie la construction de cette nouvelle centrale par les menaces affichées de « black-out » liés aux pics de consommation électrique les jours de grand froid et par l’augmentation de la consommation, en particulier due à celle de la population, qui ne pourrait être limitée qu’au tiers de la croissance tendancielle. Or, ces pics proviennent essentiellement du chauffage électrique, dont la France s’est fait une spécialité. Ce mode de chauffage, le plus onéreux, participe à la précarité énergétique des ménages.

Dans la dernière édition 2013 des Chiffres clés de l’énergie en Bretagne (GIP Bretagne Environnement), on peut lire : « Le chauffage est le premier usage de l’électricité en Bretagne. (…). La Bretagne comptait, en 2010, 37% de résidences principales chauffées à l’électricité contre 32% au niveau national ». La solution n’est donc pas dans la construction d’un moyen de production supplémentaire, mais dans la concrétisation d’un modèle énergétique fondé sur la sobriété, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Ces secteurs économiques sont fortement créateurs d’emplois non délocalisables et peuvent participer au redressement industriel de notre pays.

Il est donc temps que la France prenne le train de l’énergie du 21ème siècle et mette en oeuvre une politique au services de tous.

La programmation pluriannuelle des investissements de production (PPI) 2009 a fixé un objectif de 10 tranches au gaz à l’horizon 2012 en France. Au 1er janvier 2013 cet objectif était dépassé, puisque 13 groupes de CCCG étaient en activité. Depuis, GDF-Suez a annoncé la mise « sous cocon » pour une période indéterminée de deux groupes et l’arrêt, en été, de deux autres, dont celle de Montoir-de-Bretagne qui alimente la région Bretagne. Par ailleurs, celle de Pont-sur-Sambre (Nord Pas de Calais) est en procédure de sauvegarde depuis mars 2012 et la toute nouvelle centrale de Toul, a peine mise en service, a été arrêtée.

De plus, sur le plan technologique, ces centrales, ont un rendement de l’ordre de 55 %. Il est certes supérieur à la génération précédente de centrale gaz, mais ce sont malgré tout 45 % de gaz qui sont gaspillés puisque non convertis en électricité. Ainsi, alors que la France importe 98 % de son gaz, que le déficit de sa balance commerciale est largement causé par les importations d’énergies fossiles, un tel développement de CCCG ne fera qu’aggraver la dépendance énergétique de notre pays et exercer une pression accrue sur l’accès à la ressource, ce qui n’est pas sans conséquence au plan économique, écologique et géopolitique.

Par ailleurs, toutes les CCCG en service fonctionnent moins de 3 500 heures par an et pour la plupart en dessous de 1 700 heures. Or, leur utilisation n’est pas rentable à moins de 4 000 heures.

Le projet de centrale gaz de Landivisiau en nord Finistère est définie par le Pacte électrique breton comme un outil censé permettre de répondre au phénomène de pointe électrique que connaît la Bretagne. Par ailleurs, le contrat avec Direct Energie-Siemens prévoit un versement de 40 millions d’euros par an sur 20 ans, soit 800 millions, en cas de non rentabilité de la centrale.

La pointe de consommation étant estimée par EDF à 120 heures annuelles, on imagine mal que ce projet de centrale puisse atteindre son seuil de rentabilité. La probabilité est ainsi extrêmement forte pour que cette somme soit versée chaque année. Elle sera payée par les abonnés au gaz de toute la France par l’intermédiaire de la CSPE. Cette contribution, tant décriée par certains, qui devrait en priorité être consacrée au développement des filières d’énergies renouvelables, en particulier pour accélérer la mise en oeuvre des projets en cours d’énergie marines et investir dans la perspective d’autres unités : éoliennes off shore ancrées comme au large de Saint Brieuc, éoliennes flottantes, hydroliennes…

Le collectif Gaspare, qui regroupe plusieurs associations et mouvement politique, a élaboré, avec l’aide d’un bureau d’études, un scénario électrique alternatif breton pour la période 2011-2025 qui démontre qu’il est tout à fait possible de satisfaire les besoins de la Bretagne sans construire de centrale à gaz. Il a été rendu public le 18 janvier 2013 et, depuis, présenté et étudié auprès de diverses instances. A l’occasion, Monsieur Michel Cadot, Préfet de Région, avait salué, par voie de presse, la qualité de ce travail et reconnu la légitimité du Collectif GASPARE. Les conclusions de ce Scénario ont amené le Collectif à demander une mise à jour du Pacte électrique breton.

De plus, l’avis délibéré et tant attendu du 25 juin 2014 de l’Autorité environnementale sur l’installation de cette centrale à gaz et ses raccordements vient d’être publié. Les nombreuses recommandations qu’il contient révèlent déjà des manques dans “l’étude d’impact unique réalisée sur le programme de travaux que constituent les projets de construction d’une centrale à cycle combiné gaz à Landivisiau par la compagnie électrique de Bretagne (CEB), de son raccordement par liaison souterraine de 18,3 km à 225 000 volts au réseau électrique sur le poste RTE de La Martyre, et de son raccordement sur 20 km au réseau de transport de gaz par GRTgaz”.

Ainsi, au vu de ces éléments, il nous apparaît urgent d’avoir un véritable débat sur l’opportunité et les conséquences de l’implantation des centrales électriques, notamment en termes de sécurité énergétique, de pérennité des services publics du gaz et de l’électricité, et de maîtrise des émissions de gaz à effet de serre.

En conséquence, nous vous demandons un moratoire sur le projet de construction d’une centrale à cycle combiné gaz de Landivisiau.

La transition énergétique pour sortir des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon, uranium) est aussi possible en Bretagne au bénéfice de l’intérêt général. L’État et la Région Bretagne s’honoreraient de s’y engager dès maintenant par cette décision et une accélération des deux autres volets du Pacte électrique breton.

René Louail et Anne-Marie BOUDOU,

pour le groupe “Europe Écologie Les Verts / Europa Ekologiezh Ar re C’hlas” au Conseil régional de Bretagne.

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Centrale de Landivisiau. Lettre ouverte des écologistes à Ségolène Royal

Le télégramme : 17 juillet 2014

Dans une lettre ouverte adressée, hier, à Ségolène Royal, ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, René Louail et Anne-Marie Boudou, élus du groupe Europe Écologie Les Verts au conseil régional de Bretagne, demandent un moratoire sur le projet de centrale électrique à cycle combiné gaz à Landivisiau. « Le Pacte électrique breton est composé de trois volets : maîtrise de la demande en électricité, production d’énergie renouvelable et sécurisation de l’approvisionnement électrique régional. Nous soutenons fortement les orientations des deux premiers piliers (…) en adéquation avec les objectifs de transition énergétique portés par le président de la République et le gouvernement. Le troisième volet, qui prévoit la construction d’une centrale à cycle combiné gaz (CCCG) de 400 MW en Nord-Finistère, est, en revanche, en totale contradiction avec les enjeux économiques, sociaux et environnementaux auxquels il nous faut aujourd’hui répondre », déclarent les signataires. « Le Pacte électrique justifie la construction de cette nouvelle centrale par les menaces affichées de “black-out” liés aux pics de consommation électrique les jours de grand froid et par l’augmentation de la consommation, en particulier due à celle de la population, qui ne pourrait être limitée qu’au tiers de la croissance tendancielle. Or, ces pics proviennent essentiellement du chauffage électrique (…). Ce mode de chauffage, le plus onéreux, participe à la précarité énergétique des ménages. Le chauffage est le premier usage de l’électricité en Bretagne. La solution n’est donc pas dans la construction d’un moyen de production supplémentaire, mais dans la concrétisation d’un modèle énergétique fondé sur la sobriété, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables ». En conclusion, les élus citent le récent avis de l’Autorité environnementale sur ce dossier, qui révèle « déjà des manques dans “l’étude d’impact unique réalisée sur le programme de travaux (…)”. Il nous apparaît urgent d’avoir un véritable débat sur l’opportunité et les conséquences de l’implantation des centrales électriques (…) ».

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Stop Lanrinou !

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Par , 8 juillet 2014 9 h 34 min

Communiqué de presse de Dynamique d’Avenir.

Landerneau, le 7 juillet 2014

Dynamique d’avenir a pris note de la formation d’un groupe de travail pour se pencher sur le devenir de la voie de Lanrinou et y participera si l’association et son élu y sont conviés.

Il est intéressant de rappeler que durant la récente campagne électorale, face à la proposition de Dynamique d’avenir de tourner définitivement la page de ce projet pour ouvrir celle des transports en commun à l’échelle de la communauté de communes, Patrick Leclerc s’était montré très embarrassé et déclarait «Si elle ne devait pas se faire, c’est maintenant qu’il faut dire stop». A l’évidence ce grand projet inutile dossier ne passionne et chacun cherche désormais à tourner la page.

En y regardant de plus près, Patrick Leclerc, le plus ardent défenseur de ce projet vieux de 30 ans, se trouve aujourd’hui dans une impasse, comme le fût son prédécesseur Jean-François Jaouannet, car il ne parvient pas à réaliser la route. Il faut en effet rappeler que le dossier de la Voie de Lanrinou est aujourd’hui à l’arrêt du fait des enjeux de protection de l’environnement qui
semblent insurmontables (destruction de plus d’une dizaine d’espèces protégées, destruction de zones humides, destruction d’une tourbière). La barre semble tellement haute à franchir que le dossier environnemental a été estampillé «confidentiel» puisque Christophe Winckler n’a jamais eu l’autorisation de le consulter bien qu’en ayant fait plusieurs fois la demande durant les
trois dernières années. Il faudra que le groupe de travail rende public ce dossier.

Le volet environnemental est une chose, la fonction de la route en est une autre. Dynamique d’avenir rappellera aussi au groupe de travail les propositions faites depuis plusieurs années par l’association D.E.S et reprises par Dynamique d’avenir qui consistent à délester le trafic de poids lourds du centre ville en utilisant des itinéraires existants. Cette solution est maintenant bien connue et rien n’interdit de la mettre en oeuvre rapidement afin de soulager le trafic au
centre ville.

1 million d’euros ont déjà été dépensés, Dynamique d’avenir proposera d’en rester à ce stade et de ne pas dépenser les 8 ou 12 millions nécessaires à la construction de la voie.

Tifhaine Leteuré

Frédéric Le Saout

Christophe Winckler

Le télégramme, cliquer sur l’image pour agrandir.

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2e plan climat-énergie territorial du Conseil général du Finistère 2014-2018. Beaucoup de bruit pour rien !

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Par , 3 juillet 2014 18 h 57 min

Le Conseil Général du Finistère vient de faire connaître, avec force publicité, son 2e Plan climat énergie territorial.

Un rendez-vous important au moment où s’annonce l’enquête publique concernant le projet de centrale électrique à gaz à Landivisiau.

Mais inutile d’aller chercher la place de ce projet dans le “plan climat-énergie” du Conseil Général. En résumé c’est “circulez, il n’y a rien à voir”.

Une position qui confirme l’inutilité des Conseils Généraux quand ceux-ci se contentent d’être des relais dociles des pouvoirs régionaux et nationaux.

Voir la suite sur le site de S-eau-S

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Centrale électrique à gaz de Landivisiau. Etude d’impact à revoir.

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Par , 30 juin 2014 20 h 01 min

Si on sait lire les “Recommandations du Conseil général de l’environnement et du développement durable” concernant la centrale électrique à gaz projetée à Landivisiau, l’étude d’impact qui leur a été communiquée par Direct-Energie rebaptisée “Compagnie électrique de Bretagne” est loin de répondre aux informations attendues d’une véritable étude d’impact. La liste des points à éclaircir , c’est à dire des non-dits, est, en effet, déjà si impressionnante que leur simple lecture prouve que l’étude d’impact doit être tout simplement reprise à zéro.

Pour en juger, nous rassemblons ici les 20 principales recommandations de l’Autorité Environnementale.

Nous y ajoutons l’analyse d’un manque évident de l’étude d’impact : une étude sérieuse de la pollution de l’air.

Voir la suite sur S-eau-S

Contrat d’assistance Veolia/Générale des eaux : attention démarche abusive.

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Par , 21 juin 2014 11 h 24 min

Pourtant régulièrement dénoncées par les associations de consommateurs, les entreprises de l’eau, Veolia, Suez… persistent à démarcher les foyers pour leur proposer des “contrats d’assistance” assortis de clauses abusives voire illicites.

C’est le cas à Landerneau où l’association S-eau-S met en garde les consommateurs.

Communiqué de S-eau-S :

Les foyers landernéens ont reçu un courrier de société Générale des eaux filiale de Veolia. En introduction ils y apprennent qu’un prétendu voisin aurait dû faire appel à leurs services pour une fuite sur l’une de ses canalisations. La suite du message, fait état des « lourdes conséquences » d’une fuite et de la « responsabilité » en résultant. Ce qui constitue une pression inacceptable.

Représentant les consommateurs à la commission consultative du SIDEP de Landerneau, l’association S-eau-S n’a jamais eu connaissance d’une telle épidémie de fuites dans notre ville et s’étonne de constater qu’un entreprise de l’importance de Veolia s’abaisse à de tels grossiers procédés.

La méthode est régulièrement dénoncée par les principales associations de consommateurs. Elles signalent en particulier que la loi Warsmann de 2011 prévoit déjà que le consommateur soit alerté en cas de surconsommation et que, sous certaines conditions, le montant qu’il doit payer ne puisse dépasser le double de sa consommation moyenne. Dès lors, le risque couvert par l’assurance ne dépasse souvent pas quelques dizaines d’euros.

Ainsi la La CLCV a récemment assigné en justice, au titre des clauses abusives et illicites, les sociétés qui, comme Veolia, proposent de tels contrats ainsi que leurs partenaires distributeurs d’eau.

L’association S-eau-S met donc en garde les landernéens face à une telle pratique et invite les élus du SIDEP et de la SPL à exiger de l’entreprise Veolia, à laquelle ils ont sous-traité la fourniture de l’eau, qu’elle arrête ce type de démarche abusive.

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Extrait de la lettre de Veolia/Générale des eaux.

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Pour la plainte déposée par la CLCV :

http://www.clcv.org/nos-actions-en-justice/contrats-d-assurance-fuite-d-eau.html

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Lutte antinucléaire à Landerneau. Histoire d’une affiche.

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Par , 20 juin 2014 9 h 47 min

Une affiche de l’affichiste quimpérois Alain Le Quernec figure au catalogue de plusieurs musées. Réalisée pour soutenir la lutte contre le projet de centrale nucléaire à Plogoff, elle demeure comme un témoignage fort de cette lutte victorieuse du pot de terre contre le pot de fer.

Son histoire mérite d’être contée.

Nous sommes dans les derniers mois de l’année 1979.

La lutte contre le projet de centrale nucléaire à Plogoff est bien engagée. Des Comités Locaux d’Information Nucléaire (CLIN) fonctionnent sur l’ensemble de la Bretagne en soutien à la lutte des habitants de la Pointe du Raz.

Le CLIN de Landerneau, qui s’était constitué au moment de la lutte contre la centrale initialement prévue à Porsmoguer dans le nord-Finistère, est particulièrement actif. Il a pris en charge la publication du journal “Nukleel” qui informe et coordonne l’action des CLIN. Localement, il fait un travail d’information qui se traduit, en particulier, par des conférences et des semaines cinématographiques.

Au début de l’année 1979, un évènement a particulièrement marqué les esprits.

Le 28 mars un accident grave est arrivé dans la centrale nucléaire de Three Mile Island située sur la rivière Susquehanna, près de Harrisburg, dans l’État de Pennsylvanie aux États-Unis.

L’accident a commencé par la perte d’étanchéité de l’enceinte du circuit d’eau primaire, une vanne de décharge du pressuriseur étant restée bloquée en position ouverte. À la suite d’actions inadaptées, le refroidissement du cœur n’a plus été assuré, entraînant la fusion d’une partie du combustible, c’est-à-dire la perte de la première barrière de protection. L’enceinte de confinement, troisième barrière, a joué son rôle pour limiter les rejets radioactifs mais, pour libérer la pression dans le cœur, des rejets gazeux ont dû être effectués.
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Equipe de décontamination à Three Mile Island.

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Face à ce premier accident nucléaire d’une gravité jamais atteinte, les CLIN décidaient d’une campagne d’information et de mobilisation. Il semblait que le maximum du danger avait été atteint. Aucun militant n’aurait oser imaginer un Tchernobyl ou un Fukushima !

Par mesure de précaution, le gouverneur de l’État de la Pennsylvanie avait fait évacuer les enfants d’âge préscolaire et les femmes enceintes à 8 kilomètres de la centrale. Plus de 200 000 personnes ont fui la région. Deux jours après l’accident, 90 % des résidents de la municipalité de Goldsboro, proche du site, sont partis.

L’un des points forts de la campagne des CLIN consistait en affiches collées dans les différentes villes et communes de Bretagne. Chaque commune était située sur les affiches par rapport à Plogoff et pouvait mesurer l’impact à subir en cas d’accident nucléaire de même nature que celui de Three Mile Island.

Les vents dominants venant du sud-ouest, l’ensemble de la région était concernée (ici l’affiche collée à Landerneau).

Le syndrome chinois :

Hasard de calendrier : douze jours avant l’accident nucléaire de Three Mile Island sortait aux USA le film “Le syndrome chinois” avec Jane Fonda en vedette.

Le film est fondé sur un scénario qui envisage la possibilité d’un emballement du réacteur nucléaire d’une centrale (résultant de lacunes volontaires dans le contrôle des principaux composants de la centrale au moment de sa construction). L’arrêt du refroidissement conduisait à faire fondre le combustible, ce qui l’amènerait à traverser le sol, contaminant les nappes phréatiques, et ceci en théorie jusqu’au centre de la Terre ( ou jusqu’en Chine comme le laisserait supposer le titre du film).

Le film eut un écho considérable. Un scénario que certains auraient pu considérer comme peu crédible, se vivait en direct !

Le CLIN de Landerneau décidait de l’inclure dans le programme des films qu’il souhaitait présenter dans la ville dans le cadre d’une semaine d’information organisée pendant le mois de décembre 1979.

Pour donner du relief à cette campagne, la décision fut prise de réaliser une affiche qui sorte de l’ordinaire. Un affichiste s’imposait : le quimpérois Alain le Quernec qu’une affiche de Amnesty International avait déjà rendu célèbre.

L’affiche était présentée à la presse fin novembre.

Diffusion limitée.

L’affiche, une belle sérigraphie réalisée par l’atelier Kan ar Mor, n’avait été tirée qu’en 300 exemplaires. L’objectif étant de la proposer à la coordination des CLIN pour un tirage massif. Ses initiateurs étaient enthousiastes, pourtant elle ne recevait pas un accord unanime de la part du comité de défense de Plogoff. Le slogan n’était sans doute plus d’actualité à un moment où la tension sur place était à son comble. Dans un mois allait commencer l’enquête publique qui devait se solder par six semaines d’occupation policière de la commune. Des messages plus offensifs étaient attendus.

Le CLIN de Landerneau décidait cependant de tester l’affiche sur les murs de sa ville.

photo Gérard Borvon

Le résultat était parlant. Les affiches étaient parfois soigneusement décollées, avant que la colle ne soit sèche, par des collectionneurs éclairés. Une centaine d’affiches a été ainsi collée, les autres étant rapidement vendues sur la table de presse du CLIN à l’occasion des divers rassemblements.

Un succès médiatique.

L’affiche était reprise par de nombreuses publications. Elle figurait, en particulier, sur la couverture du numéro 280 daté d’avril 1982 de la revue “Textes et Documents pour la Classe” édité par le CNDP (Centre National de Documentation Pédagogique).

Elle figurait également au catalogue de l’exposition organisée par le musée de la publicité en avril 1987. Le texte accompagnant sa présentation mérite d’être cité :

“Cette affiche semblait appartenir au passé, la catastrophe de Tchernobyl a malheureusement souligné la justesse et l’actualité du message”

Un message encore plus actuel après Fukushima.

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Dans les coulisses de la création :

Le modèle photographique de Alain le Qernec est son ami Ekkehart Rautenstrauch alors professeur à l’école des Beaux-arts de Nantes et dont les œuvres auront, elles aussi, une diffusion internationale. Considérant que son visage convenait au concept qu’il souhaitait illustrer, il lui avait demandé de poser pour les quatre clichés utilisés pour l’affiche.

“L’idée n’est pas venue toute seule. Il y a des mois que je travaille là dessus”, déclarait Alain Le Quernec dans l’interview de 1979.

Récemment encore il se souvenait de ces laborieux moments de recherche de l’effet souhaité : “Je me suis toujours senti comme un bricoleur pour le traitement de l’image. J’avais une idée du résultat mais je ne savais pas bien comment m’y prendre. D’où un temps fou en expérimentation, solarisation et autres effets que je ne maîtrisais pas mais que j’expérimentais uniquement pour cette affiche. Je n’ai jamais utilisé ces procédés par la suite…”

Cette affiche trouve donc une place très particulière, à la fois dans la mobilisation antinucléaire en Bretagne et dans l’œuvre de Alain Le Quernec.

Voir aussi :

Le site de Alain Le Quernec.

PLOGOFF, une victoire contre le nucléaire. Les affiches, les autocollants.

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