{"id":1660,"date":"2015-08-27T08:29:26","date_gmt":"2015-08-27T06:29:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.landerneau-ecologie.org\/?p=1660"},"modified":"2015-08-27T08:32:24","modified_gmt":"2015-08-27T06:32:24","slug":"une-crise-des-gros-elevages-rene-louail-eleveur-breton-parle","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.landerneau-ecologie.org\/?p=1660","title":{"rendered":"Une crise des gros \u00e9levages : Ren\u00e9 Louail, \u00e9leveur breton, parle."},"content":{"rendered":"<p><strong>Paysan costarmoricain r\u00e9cemment \u00e0 la retraite et dont la ferme \u00e0 \u00e9t\u00e9 reprise par un de ses enfants,  ancien \u00e9leveur de porcs sur paille (320 porcs \u00e0 l&#8217;engrais), de volailles labels et brebis viande, sur une exploitation de 44 hectares dont 70% en herbe, ayant travers\u00e9 toutes les crises depuis 40 ans, syndicaliste dans les rangs de la Conf\u00e9d\u00e9ration paysanne, \u00e9lu r\u00e9gional de Bretagne sous la banni\u00e8re d&#8217;Europe \u00e9cologie les Verts, Ren\u00e9 Louail souligne, dans l&#8217;entretien qu&#8217;il a accord\u00e9 \u00e0 GLOBALmagazine, la singularit\u00e9 de la crise porcine d&#8217;aujourd&#8217;hui, incomparable aux pr\u00e9c\u00e9dentes.<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.landerneau-ecologie.org\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/rene-louail-conduira-la-liste-eelv_2356722_660x395.jpg\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.landerneau-ecologie.org\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/rene-louail-conduira-la-liste-eelv_2356722_660x395.jpg?resize=606%2C200\" alt=\"rene-louail-conduira-la-liste-eelv_2356722_660x395\" width=\"606\" height=\"200\" class=\"aligncenter size-full wp-image-1661\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.landerneau-ecologie.org\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/rene-louail-conduira-la-liste-eelv_2356722_660x395.jpg?w=606 606w, https:\/\/i0.wp.com\/www.landerneau-ecologie.org\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/rene-louail-conduira-la-liste-eelv_2356722_660x395.jpg?resize=300%2C99 300w\" sizes=\"(max-width: 606px) 100vw, 606px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong> <em>   &#8220;La crise r\u00e9v\u00e8le un probl\u00e8me de valeur ajout\u00e9e et non pas de restructuration de l&#8217;agriculture&#8221; <\/p>\n<p>    Ren\u00e9 Louail, paysan breton<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>GLOBALmagazine : Depuis les ann\u00e9es 80, l&#8217;\u00e9levage porcin est r\u00e9guli\u00e8rement en crise. Crises qui, \u00e0 chaque fois, concentrent la production entre les mains des plus gros \u00e9leveurs. En clair, le nombre d&#8217;\u00e9leveurs de porcs ne cesse de diminuer mais le nombre de porcs produits reste le m\u00eame, voire augmente. Cette crise va-t-elle aussi concentrer la production comme les pr\u00e9c\u00e9dentes ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ren\u00e9 Louail :<\/strong> Pendant longtemps, dans les ann\u00e9es 80-90, les crises \u00e9taient cycliques au niveau europ\u00e9en mais assorties d&#8217;un ph\u00e9nom\u00e8ne de balancier international : quand on avait des cours \u00e9lev\u00e9s en Europe ils \u00e9taient faibles aux Etats-Unis et vice-versa. Il y avait diff\u00e9rents m\u00e9canismes qui permettaient d&#8217;amortir une crise conjoncturelle. Ces m\u00e9canismes ont progressivement diminu\u00e9 car tout le monde est sur les m\u00eames march\u00e9s : quand le prix du cochon est bas \u00e0 un bout \u00e0 l&#8217;autre de la plan\u00e8te on a automatiquement des effets n\u00e9fastes partout.<\/p>\n<p>Depuis les ann\u00e9es 2000, et notamment le passage de Mariann Fisher-Boel \u00e0 la Commission europ\u00e9enne (femme politique danoise, Commissaire europ\u00e9enne \u00e0 l&#8217;agriculture de 2004 \u00e0 2009, NDLR), on a en Europe la volont\u00e9 de d\u00e9truire les outils de gestion des march\u00e9s : on a de moins en moins la possibilit\u00e9 d&#8217;intervenir avant et pendant une crise. Avant, on a des outils statistiques pour agir \u00e0 temps et pendant la crise on peut prendre la d\u00e9cision politique soit de stocker, soit d&#8217;exporter, soit de diminuer le cheptel. Aujourd&#8217;hui, nous sommes sans outils comme un pompier sans lance \u00e0 eau devant un incendie.<\/p>\n<p><strong>Gm. : Le porc n&#8217;est pas le seul secteur en crise. Il en est de m\u00eame pour la viande bovine et le lait. C&#8217;est toute l&#8217;agriculture qui va mal ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>R.L. :<\/strong> Non.Les crises des production animales arrivent \u00e0 un moment o\u00f9 les c\u00e9r\u00e9aliers se portent tr\u00e8s bien. Les rendements 2015 sont \u00e9lev\u00e9s, notamment sur la partie nord de la France et de l&#8217;Europe, et les prix des c\u00e9r\u00e9ales sont extr\u00eamement corrects. Des rendements \u00e9lev\u00e9s et des prix \u00e9lev\u00e9s, il faut le dire, or les premiers clients des c\u00e9r\u00e9aliers sont les \u00e9leveurs. Ces derniers sont dans des syst\u00e8mes de production de plus en plus granivores : normal pour les animaux granivores comme les volailles et le porc tandis que pour les vaches laiti\u00e8res c&#8217;est dict\u00e9 par la taille et le mode industriels des \u00e9levages. En effet, plus les troupeaux sont grands, moins on les met \u00e0 l&#8217;herbe et en plus on cherche la ration alimentaire qui fera produire le maximum de lait, d&#8217;ailleurs aux d\u00e9pens de la dur\u00e9e de vie de l&#8217;animal. Avec cette d\u00e9pendance c\u00e9r\u00e9ali\u00e8re, les \u00e9leveurs sont de plus en plus vuln\u00e9rables.<\/p>\n<p><strong>Gm. : Il y a donc des int\u00e9r\u00eats antagoniques entre \u00e9leveurs et c\u00e9r\u00e9aliers ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>R.L. :<\/strong> Je n&#8217;ai entendu, ni lu, personne rappeler au cours de cette crise que Xavier Beulin, pr\u00e9sident de la FNSEA, avait promis la cr\u00e9ation d&#8217;un fond de solidarit\u00e9 entre les \u00e9leveurs et les c\u00e9r\u00e9aliers. Cette promesse \u00e9tait son premier grand geste de pr\u00e9sident de la FNSEA. Lui, grand c\u00e9r\u00e9alier, aux manettes d&#8217;outils importants au niveau c\u00e9r\u00e9alier, parlait de d\u00e9velopper une plus grande solidarit\u00e9 entre c\u00e9r\u00e9aliers et \u00e9leveurs&#8230; Il l&#8217;avait m\u00eame annonc\u00e9 \u00e0 Fran\u00e7ois Hollande, lors d&#8217;un entretien \u00e0 l&#8217;Elys\u00e9e en 2012. On annon\u00e7ait un fonds de 100 millions d&#8217;euros&#8230; Depuis, plus rien, il ne l&#8217;a jamais mis en place. Et depuis le d\u00e9but de cette crise, je n&#8217;ai pas entendu Xavier Beulin en parler. Et pas un m\u00e9dia lui rappelle sa promesse.<\/p>\n<p><strong>Gm. : En quoi cette crise porcine est-elle diff\u00e9rente des pr\u00e9c\u00e9dentes ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>R.L. :<\/strong> Nous sommes aujourd&#8217;hui expos\u00e9s \u00e0 une crise plus violente que par le pass\u00e9 car pendant tr\u00e8s longtemps les plus gros \u00e9leveurs laissaient mourir les petits \u00e9leveurs, ce qui permettait d&#8217;amortir la crise. Les petits servaient de variable d&#8217;ajustement. Aujourd&#8217;hui, c&#8217;est plut\u00f4t l&#8217;inverse qui se passe. Les petits qui ont surv\u00e9cu \u2013 qui sont plut\u00f4t des moyens \u2013 ont r\u00e9sist\u00e9 en mettant en place des syst\u00e8mes de production avec un lien plus fort entre le nombre d&#8217;animaux \u00e9lev\u00e9s et la surface agricole de la ferme, ce qui par ailleurs est une preuve de civisme. Ces \u00e9leveurs tiennent mieux le coup dans cette crise que les gros \u00e9leveurs qui ont investi \u00e9norm\u00e9ment, qui ont bouff\u00e9 la ferme du voisin, qui ont achet\u00e9 du foncier \u00e0 prix \u00e9lev\u00e9 et le gros mat\u00e9riel qui va avec de telles tailles d&#8217;exploitation. C&#8217;est donc une crise qui touche plut\u00f4t les gros, modernis\u00e9s et endett\u00e9s. C&#8217;est un vrai changement de nature de la crise. A partir de ce constat, je ne demande pas \u00e0 ce que la collectivit\u00e9 vienne en aide \u00e0 des gens qui ont bouff\u00e9 leurs voisins.<\/p>\n<p><strong>Gm. : On parle beaucoup du poids du march\u00e9 au cadran de Pl\u00e9rin sur le prix du porc&#8230;<\/strong><\/p>\n<p><strong>R.L. : <\/strong>Certes, le \u00ab march\u00e9 au cadran \u00bb est un yoyo mais qui ne concerne que 12% de la production r\u00e9gionale et qui n\u00e9anmoins sert de prix indicateur \u00e0 tout le reste, mais avec cette taille l\u00e0 ce n&#8217;est pas un march\u00e9 ! Le plus important est de d\u00e9crypter ceux qui s&#8217;y affrontent. D&#8217;un c\u00f4t\u00e9, il y a Leclerc et Intermarch\u00e9 qui valorisent ce qu&#8217;ils ach\u00e8tent \u00ab au cadran \u00bb sur le march\u00e9 int\u00e9rieur et qui le vendent tr\u00e8s bien, ce qui leur permet d&#8217;acheter plus cher ; de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9, il y a la Cooperl qui est all\u00e9 jouer les gros muscles en Cor\u00e9e, en Chine et partout&#8230; Il y a 30% de la production qui part \u00e0 l&#8217;export&#8230; aujourd&#8217;hui la Cooperl et ses semblables s&#8217;y confrontent aux Allemands, aux Danois et, comme ils perdent, ils demandent une harmonisation des r\u00e8gles pour \u00eatre comp\u00e9titifs. Nos coop\u00e9ratives ont fait pire que les entreprises priv\u00e9es. Les entreprises en vrais gestionnaires ont valoris\u00e9 sur le march\u00e9 int\u00e9rieur, les coop\u00e9ratives ont jou\u00e9 au concours du plus gros \u00e0 l&#8217;international et elles ont perdu.<\/p>\n<p><strong>Gm. : M\u00eame si l&#8217;on envisage l&#8217;export comme un moyen d&#8217;ajustement du march\u00e9 int\u00e9rieur, les \u00e9changes internationaux existent et sont in\u00e9vitables, non ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>R.L. :<\/strong> Nous sommes dans une situation g\u00e9opolitique extr\u00eamement fragile, c&#8217;est aussi un point qui participe du changement de nature de la crise actuelle. L&#8217;embargo avec la Russie, les d\u00e9valuations successives de la monnaie chinoise soulignent que l&#8217;Union europ\u00e9enne n&#8217;est pas capable d&#8217;affronter la comp\u00e9tition infernale internationale, car la Chine peut et va s&#8217;approvisionner dans d&#8217;autres espaces, comme le Br\u00e9sil. Face \u00e0 des pays qui d\u00e9valuent, nous sommes incapables de vendre nos c\u00f4telettes et nos litres de lait.<\/p>\n<p><strong>Gm. : On a l&#8217;impression que le gouvernement de Fran\u00e7ois Hollande n&#8217;a pas vu venir la crise agricole, pourtant, St\u00e9phane Le Foll, ministre de l&#8217;Agriculture, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9put\u00e9 europ\u00e9en, en charge pour le parti socialiste de la Politique agricole commune. Il est donc au fait des dossiers agricoles. Qu&#8217;en pensez-vous ?<br \/>\n<\/strong><br \/>\n<strong>R.L. :<\/strong> La myopie politique du gouvernement est le quatri\u00e8me aspect singulier de cette crise. Paradoxe pour un connaisseur des questions agricoles, St\u00e9phane Le Foll n&#8217;a rien vu venir et le syndicalisme majoritaire en profite. Depuis 2012, pour avoir la paix sociale dans les campagnes, le ministre de l&#8217;agriculture c\u00e8de sur tous les dossiers \u00e0 probl\u00e8me. Au lieu de r\u00e9pondre par des r\u00e9ponses politiques aux crises d&#8217;aujourd&#8217;hui, le ministre donne des moyens pour restructurer l&#8217;agriculture. La plus grande partie des aides octroy\u00e9es depuis deux ans sont des aides \u00e0 l&#8217;investissement, sans visibilit\u00e9 : aide \u00e0 la m\u00e9thanisation, aide pour le fameux PMBE &#8211; le plan de modernisation des b\u00e2timents d&#8217;\u00e9levage. Les agriculteurs ont investi, r\u00e9sultat, du lait plein les tuyaux, des cochons pleins les camions ! En r\u00e9sum\u00e9, le ministre a fait le contraire de ce qu&#8217;il fallait faire. Il n&#8217;a pas vu que la crise avait chang\u00e9 de nature ; que les r\u00e9ponses apport\u00e9es sont de court terme. Ce n&#8217;est pas un probl\u00e8me de restructuration de l&#8217;agriculture mais un probl\u00e8me de valeur ajout\u00e9e. Les paysans capables d&#8217;aller sur des syst\u00e8mes \u00e9conomes, peu fragiles, moins endett\u00e9s vont sur le march\u00e9 int\u00e9rieur ; ceux qui vont faire des concours de ca\u00efds sur le march\u00e9 international demandent et continueront de demander aux pouvoirs publics des moyens nouveaux pour \u00e9quilibrer leurs fins de mois.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re cette crise se dessine aussi une inflexion politique de taille : on est en train de mettre les pouvoirs public en condition de n\u00e9gocier la prochaine Politique agricole commune, en 2021, dans le sens d&#8217;une plus grande lib\u00e9ralisation, en accord avec le trait\u00e9 transatlantique en n\u00e9gociation. Ce projet se r\u00e9sume \u00e0 placer l&#8217;agriculture sous un syst\u00e8me assuranciel : des assurances priv\u00e9es assurent les revenus des agriculteurs mais ces derniers ont des subventions publiques pour payer les primes d&#8217;assurance, ce qui leur permet d&#8217;affronter le march\u00e9 mondial. Dans ce syst\u00e8me, d\u00e9j\u00e0 en place aux Etats unis, les petits paysans sont exclus.<\/p>\n<p><strong>Gm. : A vos yeux, quelles sont les solutions pour r\u00e9soudre cette crise g\u00e9n\u00e9rale de l&#8217;\u00e9levage ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>R.L. :<\/strong> La charge principale d&#8217;un \u00e9levage, c&#8217;est l&#8217;alimentation. Elle p\u00e8se en moyenne 60% du prix de revient. Pour sortir les productions animales de ce syst\u00e8me destructeur, il faut, premi\u00e8rement, mettre au point une indexation du prix des productions animales sur le prix des c\u00e9r\u00e9ales. Deuxi\u00e8mement, il faut remettre en place un outil europ\u00e9en de protection douani\u00e8re. Quand on a trop de production, on n&#8217;est pas oblig\u00e9 d&#8217;en importer ! Il faut que l&#8217;on prot\u00e8ge notre agriculture et avec elle la libert\u00e9 de nos modes alimentaires. Troisi\u00e8mement, il faut que les aides europ\u00e9ennes et nationales \u00e0 la production agricole soient re-calibr\u00e9es pour s&#8217;orienter vers une agriculture qui r\u00e9ponde aux enjeux sociaux et soci\u00e9taux comme la qualit\u00e9 gustative de la nourriture, le climat , la protection de la biodiversit\u00e9 et la juste r\u00e9tribution des paysans. Les aides que l&#8217;on donne aujourd&#8217;hui aux grandes exploitations pour qu&#8217;elles deviennent encore plus grosses et qui participent \u00e0 vider les campagnes, ce sont, je p\u00e8se mes mots, des aides toxiques. Je consid\u00e8re que s&#8217;il y a des \u00e9conomies d&#8217;\u00e9chelle, je ne vois pas pourquoi on donne des aides aux plus gros, aux plus puissants. Il faut plafonner les aides publiques. Comme on donne des aides aux 50 premiers hectares, on pourrait limiter les aides aux 200 000 premiers litres de lait, aux 1000 premiers cochons en temps de crise etc&#8230; On soutiendrait ainsi le d\u00e9veloppement d&#8217;une agriculture diversifi\u00e9e sur tout le territoire. Au-del\u00e0, ceux qui veulent jouer aux gros bras et au syst\u00e8me lib\u00e9ral, qu&#8217;ils le fassent avec leur argent mais pas avec les deniers publics. Avec un peu de volont\u00e9 politique, cela peut se mettre en place d&#8217;ici 2021 et fa\u00e7onner la prochaine PAC. Si on veut traiter l&#8217;agriculture comme n&#8217;importe quel autre secteur industriel, on va vider les campagnes et on passera notre temps \u00e0 distribuer de l&#8217;argent pour corriger les erreurs.<\/p>\n<p><strong>Gm. : Cette question est pour le conseiller r\u00e9gional que vous \u00eates : voyez-vous un lien entre l&#8217;orchestration syndicale de la crise et les prochaines \u00e9lections r\u00e9gionales ? En clair, la crise de l&#8217;\u00e9levage est\u2013elle \u00e0 un degr\u00e9 ou un autre instrumentalis\u00e9e par l&#8217;opposition au gouvernement ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>R.L. :<\/strong> C&#8217;est \u00e9vident, la crise est instrumentalis\u00e9 par un lobby qui veut passer de la simplification \u00e0 la d\u00e9r\u00e9gulation. A un croire Xavier Beulin, l&#8217;agriculture fran\u00e7aise va mal \u00e0 cause des normes, \u00e0 cause l&#8217;application s\u00e9rieuse, contr\u00f4l\u00e9e, des normes environnementales europ\u00e9ennes et du carcan administratif fran\u00e7ais, entendez les charges sociales. Il y a quelques jours, se servant de la crise actuelle pour entrer en campagne, Nicolas Sarkosy s&#8217;est fait l&#8217;\u00e9cho du pr\u00e9sident de la FNSEA en d\u00e9clarant \u00ab Il faut r\u00e9inventer notre syst\u00e8me, sur la base d&#8217;une baisse massive des charges et d&#8217;un reflux des normes, qu&#8217;elles soient europ\u00e9ennes et fran\u00e7aises \u00bb. Cela veut dire que l&#8217;on va tirer la qualit\u00e9 de la production vers le bas, vers la malbouffe pour nourrir les pauvres, parce qu&#8217;il y a de plus en plus de pauvres. Alors que dans une d\u00e9mocratie comme le n\u00f4tre on devrait s&#8217;arr\u00eater en premier lieu aux in\u00e9galit\u00e9s sociales et tirer tout vers le haut. On ne peut pas r\u00e9duire l&#8217;agriculture a sa fonction de production. Elle a aussi une fonction d&#8217;am\u00e9nagement du territoire, de pr\u00e9servation de la qualit\u00e9 de l&#8217;eau, de la biodiversit\u00e9. La d\u00e9claration de Nicolas Sarkozy, avec les m\u00eames slogans que Xavier Beulin n&#8217;est pas un hasard. St\u00e9phane Le Foll, Fran\u00e7ois Hollande et Manuel Valls ont d\u00e9j\u00e0 d\u00e9r\u00e9gul\u00e9, la Droite aspire \u00e0 faire le reste du chemin en profitant des \u00e9lections r\u00e9gionales pour continuer \u00e0 casser la ferme, d&#8217;autant qu&#8217;il y a une partie du budget agricole (le deuxi\u00e8me pilier de la PAC ) qui est g\u00e9r\u00e9 par les R\u00e9gions.<\/p>\n<p><strong>Gm. : Ce constat n&#8217;\u00e9claire-t-il pas le peu de prise qu&#8217;on les r\u00e9gions sur leur r\u00e9alit\u00e9 territoriale ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>R.L. :<\/strong> Les R\u00e9gions ont une marge de manoeuvre limit\u00e9e, mais elles l&#8217;ont. M\u00eame si il faut suivre l&#8217;esprit de la PAC, personne n&#8217;oblige \u00e0 Bruxelles de faire en r\u00e9gion des Plans de modernisation des b\u00e2timents d&#8217;\u00e9levage, \u00e7a c&#8217;est purement fran\u00e7ais&#8230; Les r\u00e9gions, majoritairement \u00e0 gauche, ont suivi la politique nationale impos\u00e9e par Valls, Hollande et Le Foll. Au lieu de s&#8217;\u00e9manciper en disant \u00ab voil\u00e0 ce que l&#8217;on veut faire \u00bb, les r\u00e9gions ont accompagn\u00e9 la direction nationale dans la gestion de 2\/3 des financements publics de l&#8217;agriculture. Le gouvernement s&#8217;est pli\u00e9 aux volont\u00e9s de la FNSEA sous menaces de d\u00e9sordre dans les campagnes&#8230;il a donn\u00e9 et a eu aussi le d\u00e9sordre.<\/p>\n<p><strong>Gm. : Oui, c\u00f4t\u00e9 d\u00e9sordre, \u00e7a se pose l\u00e0 &#8230;<\/strong><\/p>\n<p><strong>R.L. :<\/strong> On a affaire \u00e0 une politique d&#8217;ayatollah du genre \u00ab si vous ne faites pas ce que je veux, vous avez le p\u00e9tard sur la tempe \u00bb. L&#8217;an dernier, les l\u00e9gumiers de la FNSEA ont incendi\u00e9 le b\u00e2timent de la Mutualit\u00e9 sociale agricole et le centre des imp\u00f4ts de Morlaix. Aucune interpellation. Idem pour les destructions de portiques de l&#8217;\u00e9cotaxes. A contrario, on poursuit les syndicalistes non-violents de la Conf\u00e9d\u00e9ration paysanne pour leur opposition \u00e0 la ferme des 1000 vaches. Comme la pression violente semble marcher, les syndicalistes FNSEA se disent qu&#8217;ils peuvent encore aller plus loin et les voil\u00e0 ces derniers jours \u00e0 d\u00e9verser des remorques de fumier un peu partout. Il y en a partout, c&#8217;est vraiment la honte. Les grosses fermes sont venus vider leurs poubelles sur les rond-point. C&#8217;est un m\u00e9pris scandaleux pour les citoyens et l&#8217;argent des contribuables. Quand on re\u00e7oit 9,2 milliards de la PAC auxquels s&#8217;ajoutent 4,6 milliards du minist\u00e8re de l&#8217;agriculture et l&#8217;argent des collectivit\u00e9s territoriales, soit en gros 150 euros par Fran\u00e7ais, on ne se comporte pas ainsi. Une famille de 4 personnes, qui donne donc 600 euros par an re\u00e7oit en remerciement&#8230; du fumier plein la figure. Ce n&#8217;est plus de l&#8217;incivilit\u00e9, c&#8217;est une insulte. Cette situation pose sur la place publique la question de la l\u00e9gitimit\u00e9 des aides \u00e0 l&#8217;agriculture. Des aides, je le r\u00e9p\u00e8te, toxiques.<\/p>\n<p>xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx<\/p>\n<p><em><strong>99% des porcs dans 50% des fermes<\/strong><\/p>\n<p> Pas toujours simple d\u2019avoir des statistiques agricoles con\u00e7ues pour une lecture grand public. En 2010, la France m\u00e9tropolitaine comptait 22 300 exploitations qui \u00e9levaient des porcs, contre 59 500 en 2000. Soit une perte de 62,5 % des exploitations sur tout le pays (on monte \u00e0 2\/3 de disparition en Bretagne). Comparativement, la production de porc est pass\u00e9e de 14 869 000 en 2000 \u00e0 13 800 000 en 2012 soit une diminution de 6,8%, ce qui montre bien la ruine des petits \u00e9leveurs au profit des gros. Toujours selon le minist\u00e8re, 99 % de la production \u00e9tait r\u00e9alis\u00e9e par 11 500 \u00e9levages qui d\u00e9tenaient plus de 100 porcs ou 20 truies. Sur cette p\u00e9riode 2000-2010, la taille moyenne des ateliers porcins a \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9e par 2,5 sur la p\u00e9riode pour atteindre 620 porcs.<\/p>\n<p>Les derni\u00e8res estimations (2013) du minist\u00e8re de l\u2019Agriculture donnent 19 688 exploitations porcines en 2013 et 13 322 897 porcs en 2014. On reste dans la  m\u00eame dynamique de concentration de la production.G.L.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.globalmagazine.info\/meli-melo\/2015\/08\/21\/itw-rene-louail-1440185021\"><strong>Repris de Global Magazine<\/strong><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Paysan costarmoricain r\u00e9cemment \u00e0 la retraite et dont la ferme \u00e0 \u00e9t\u00e9 reprise par un de ses enfants, ancien \u00e9leveur de porcs sur paille (320 porcs \u00e0 l&#8217;engrais), de volailles labels et brebis viande, sur une exploitation de 44 hectares dont 70% en herbe, ayant travers\u00e9 toutes les crises depuis 40 ans, syndicaliste dans les [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"spay_email":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true},"categories":[1],"tags":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/pE6pS-qM","_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.landerneau-ecologie.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1660"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.landerneau-ecologie.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.landerneau-ecologie.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.landerneau-ecologie.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.landerneau-ecologie.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1660"}],"version-history":[{"count":4,"href":"http:\/\/www.landerneau-ecologie.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1660\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1665,"href":"http:\/\/www.landerneau-ecologie.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1660\/revisions\/1665"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.landerneau-ecologie.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1660"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.landerneau-ecologie.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1660"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.landerneau-ecologie.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1660"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}